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Renforcer la résilience agricole en Afrique avec RESILINK

Publié le 12 octobre 2026

8 min

  • Soutenir la résilience des petites exploitations agricoles face aux crises mondiales, c’est l’objectif du projet RESILINK. Porté par un consortium de partenaires européens et nord-africains, ce projet s’est terminé fin mai 2026 après 4 années de travaux.
  • En combinant technologies numériques avancées, approche centrée utilisateur et collaboration locale, la démarche innovante cherche à préserver la chaîne de valeur agroalimentaire en période de crise, tout en favorisant l’accès aux marchés locaux.
  • Retour sur cette initiative soutenue par Orange, qui s’inscrit dans une vision durable et inclusive du développement agricole et stimule l’innovation locale.

Financé par PRIMA, le projet collaboratif RESILINK vise à développer une « plateforme de plateformes » destinée à accompagner les petites exploitations agricoles du bassin méditerranéen face aux défis mondiaux et aux crises majeures, à l’image de celle engendrée par la Covid-19. L’approche retenue repose sur l’optimisation et la régionalisation des chaînes de valeur agricoles.

La coordination du projet a été assurée par l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), aux côtés d’un consortium réunissant des établissements et écoles spécialisés dans les domaines agricoles et technologiques au Maroc, en Algérie et en Égypte.

Un enjeu de résilience face aux crises

Les petits producteurs d’Afrique du Nord sont régulièrement confrontés à des événements qui perturbent leurs liens avec clients, fournisseurs et autres acteurs de leur écosystème : tensions sécuritaires, aléas climatiques (sécheresses, tempêtes), catastrophes naturelles — comme le séisme survenu au Maroc en 2023 — ou crises sanitaires, à l’instar de la pandémie de 2020.

Dans ces contextes, les restrictions de mouvement entravent non seulement la commercialisation des produits agricoles, mais aussi l’accès aux ressources éloignées. Les conséquences sur les revenus des exploitants sont souvent considérables, fragilisant un équilibre économique déjà précaire dans de nombreuses régions d’Afrique du Nord.

RESILINK ambitionne de consolider la chaîne de valeur agroalimentaire régionale tout en contribuant à plusieurs objectifs de développement durable (ODD). Pour y parvenir, le projet mise sur une meilleure utilisation et un partage optimisé des ressources locales, ainsi que sur un accès facilité aux marchés territoriaux.

Concrètement, les partenaires ont conçu des pistes de services visant à garantir la continuité d’accès aux ressources et aux débouchés commerciaux en période de crise. L’objectif final : préserver et renforcer les circuits courts, en privilégiant les échanges à l’échelle locale.

La technologie au service de l’idée

Le projet s’est appuyé sur des technologies numériques avancées et à des architectures et protocoles de pointe pour des échanges d’informations flexibles et en temps réel. Du côté des utilisateurs, nous avons conçu et développé une application mobile (prototype fonctionnel) pour les petits exploitants, ainsi qu’une interface pour interagir facilement, rapidement et intuitivement avec la plateforme de gestion des ressources numériques RESILINK.

L’application mobile RESILINK permet de vendre, chercher, prêter, louer, donner etc. des biens et services agricoles : production, outils et machines, stockage, main d’œuvre, etc. L’écran d’accueil affiche des sources d’informations officielles, pour que les alertes soient bien visibles. Chaque pays partenaire a pu tester une instanciation locale du service, proposé en anglais et en arabe.

Au plus proche du terrain : une conception centrée utilisateurs

Dès le départ du projet, des acteurs locaux d’une part et des utilisateurs potentiels d’autre part ont été mis dans la boucle pour assurer une réflexion puis une conception prenant en compte la réalité du terrain, les besoins, limites, caractéristiques, attentes… des acteurs ciblés par ce service. Pour ce faire, plusieurs réunions ont été organisées pour appliquer la méthode du design thinking (conception centrée utilisateurs). Des enquêtes ont été réalisées dans chaque pays pour mieux connaître les utilisateurs. La première maquette de l’application RESILINK puis son prototype ont fait l’objet de tests utilisateurs et d’expérimentations dans le cadre de Living Labs. Afin de faciliter les phases d’interactions, des guides, manuels utilisateurs et des vidéos ont été réalisés (conduite des interviews, utilisation de l’application, etc.). Le recueil des retours utilisateurs a permis d’itérer sur la proposition pour l’affiner et répondre au mieux aux attentes des utilisateurs testeurs. Si le service a été d’abord pensé pour des utilisations ponctuelles (en cas de crise, comme expliqué précédemment), les retours des tests ont montré des attentes plus étendues.

Interactions avec des agriculteurs au Maroc (avec l’aimable autorisation de H. Lionboui, INRA Maroc)

Évolutions techniques : de la blockchain au développement logiciel assisté par l’IA

Au fur et à mesure de l’avancement du projet, le recours à un socle technique BlockChain n’a plus semblé être adapté aux besoins des utilisateurs et aux contextes locaux de déploiement. Ce choix technique apparaissait initialement comme le plus pertinent du fait des garanties qu’il offre en matière de transparence, d’accès libre et non faussé aux marchés, et de réduction des intermédiaires (Kos et Kloppenburg[i[1]], 2019). Mais ces garanties nécessitent une infrastructure informatique plus lourde qui peut être difficile à déployer et à maintenir dans l’approche complètement décentralisée telle que proposée par le projet RESILINK. Il a paru plus judicieux de développer et de proposer une API ouverte permettant de favoriser l’utilisation du socle technique de RESILINK par des applications tierces. Cette approche appelée « plateforme de plateformes » par RESILINK résulte de la volonté de ne plus isoler les plateformes, comme c’est le cas dans la majorité des plateformes actuellement déployées, mais au contraire de pouvoir les rendre collaboratives grâce à la possibilité d’échanger de manière transparente les données entre elles. Le but est de développer un écosystème plus complet. A l’ère de l’IA, le développement de nouvelles applications qui utiliseront le socle technique de RESILINK est facilité par la mise à disposition du code source de la plateforme, de son API ouverte ainsi que de sa documentation détaillée. A titre d’exemple, la Recherche d’Orange a montré lors d’un webinaire comment une application complète pour la location de solutions énergétique de type micro-grid solaire a pu être développée et déployée en moins de 3 jours !

La plateforme ODEP (Orange Decentralized Exchange Place) qui gère les transactions et la BlockChain peut par ailleurs être conservée dans l’architecture et les composants logiciels à déployer, dans les cas où les fonctionnalités avancées liées à l’approche BlockChain resteraient nécessaires. Cependant, dans les campagnes d’expérimentations en mode Living Labs, c’est le serveur RESILINK qui gère l’ensemble des transactions au travers d’une API ouverte et flexible pour offrir des fonctionnalités plus adaptées aux besoins des utilisateurs.

Cette API ouverte permet ainsi l’approche « plateforme de plateformes », dans laquelle l’écosystème ne repose plus sur des plateformes isolées et concurrentes. Afin de démontrer et de valider cette approche, Orange a également développé dans le cadre de RESILINK un démonstrateur. Il s’agit d’une application simple appelée LocKitSolar qui utilise le serveur RESILINK et son API ouverte pour rapidement déployer un service de location de différents outils destinés aux activités agricoles et fonctionnant à l’énergie solaire. Ce cas d’usage est lié à plusieurs projets de recherche menés par Orange dans la région MEA (Moyen-Orient et Afrique).

Le serveur RESILINK a par ailleurs été conçu pour être très léger, il peut être déployé directement sur des ordinateurs portables ou même sur des ordinateurs mono-cartes tels qu’un Raspberry Pi. Ce serveur léger peut gérer la plupart des fonctionnalités essentielles de la plateforme RESILINK (flux d’actualités, publication d’offres, recherche d’offres et mise en relation avec les utilisateurs). L’idée est de permettre le déploiement de plusieurs serveurs RESILINK légers, chacun couvrant une zone géographique donnée afin de gérer efficacement les situations de crise à l’échelle locale. Le déploiement progressif de ces serveurs offre ainsi un très haut niveau de flexibilité. Cette fonctionnalité constitue une étape majeure dans l’approche « plateforme de plateformes » dans laquelle le serveur RESILINK peut être déployé pour d’autres applications, favorisant ainsi l’innovation locale.

L’implication d’Orange et le take away pour l’opérateur

Au sein du projet collaboratif, les équipes d’Orange Research ont contribué aux tâches d’architecture, fourni des conseils en déploiement des plateformes techniques (dont ODEP pour la blockchain), participé au co-design de l’application mobile RESILINK) et à l’accompagnement des Living Labs dans les différents pays, et pris part à des actions de communication, comme les Agro IT Days au Maroc en 2023[i]. Nous avons également fait la démonstration d’une API pouvant s’interconnecter avec l’application.

En contribuant à construire cette boite à outil adaptée aux besoins des petits producteurs nord africains, Orange montre sa capacité à proposer des services à valeur ajoutée à ces clients de la zone MEA en mettant à profit ses assets techniques et ses compétences, notamment en architecture et design d’expérience. Après avoir été présenté à la filiale Orange de République de Guinée, le projet va prendre une nouvelle facette en devenant une marketplace agricole permettant aux acteurs du secteur de mieux vendre, rechercher, acheter, louer, prêter, etc. des productions, des biens et services, avec un business model adapté au contexte. Orange Innovation accompagne la filiale en 2026 pour ce développement.

[1] https://doi.org/10.1016/j.cosust.2019.10.011

[i] https://youtu.be/dGNj_td5MNY?si=CfDT68mvbtBOW60L

En savoir plus

Le site du projet : resilink.eu

Auteurs

  • CongDuc Pham

    Professeur au département informatique de l’Université de Pau - Coordinateur du projet RESILINK

  • Véronique Henry

    Responsable de projet de recherche, Orange Innovation

  • Marc Despland

    Architecte logiciel, Orange Innovation

  • Bruno Conquet

    Responsable du programme de recherche « Leapfrogging business in MEA », Orange Innovation